HVD (Hans Von Döhren)

(né en 1948)
Depuis plus de trente ans, HVD biochimiste originaire de Berlin, passe ses étés avec sa famille en Bretagne, la plupart du temps sur l’île de Groix. Hans y savoure la vie à proximité de la nature ainsi que les conditions de luminosité extrêmes et se sent tout simplement à son aise. C’est sur l’île de Groix que naquirent ses premières linogravures aquarellées. Entre temps Hans découvre et savoure de plus en plus la Bretagne et ses paysages, qu’il décrit avec humour ainsi qu’un enthousiasme absolu, accompagné de la fausse naïveté d’un intellectuel, qui masque sa délicatesse.

Pour l’exposition “Sur les traces du commissaire Dupin” Hans Van Döhren a sélectionné quelques extraits des 7 premiers tomes des enquêtes du commissaire Dupin qui correspondent à ses oeuvres.

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n°265 L’Amiral

…Concarneau, la somptueuse « ville bleue », ainsi nommée en raison des filets de pêche d’un bleu lumineux qui bordaient déjà les quais au siècle dernier, rayonnait. Le commissaire Georges Dupin était installé au fond du café l’Amiral, son journal déplié devant lui. Surplombant le toit du vieux marché couvert où l’on pouvait acheter les poissons fraîchement débarqués, l’horloge indiquait 7 h 30. Le traditionnel café-restaurant, qui avait également fait office d’hôtel par le passé, se dressait en bonne place le long du quai, juste en face de la vieille ville. (Un été à Pont-Aven  p11 – Bretonische Verhältnisse p…)

 

32- Locmaria, linogravure & aquarelle

68- Le Gouverneur

Il s’était souvenu du petit bac du Passage à Concarneau, qui assure la traversée entre la Ville Close, la vieille ville médiévale bâtie sur un îlot fortifié à l’estuaire du Moros, et la partie orientale de la ville, un saut de puce plus loin, peut-être cent mètres. C’était une promenade tranquille sur un petit bateau vert qui traversait le port abrité et n’avait strictement rien de commun avec un trajet en mer. De temps en temps, lorsqu’il devait réfléchir, le commissaire se promenait sur les remparts de la vieille ville jusqu’au jardin sauvage qui s’étendait jusqu’au sommet de la colline et autour de l’église, prenait le bac et faisait la traversée. Il ne débarquait pas et restait à bord en attendant le trajet du retour. La vue si pittoresque sur les remparts, le port, la ville… C’était comme prendre le bus, comme jadis lorsque les autobus découverts existaient encore. Péril en mer d’Iroise

74- Coiffe à Concarneau, linogravure & aquarelle

76- fille de Concarneau, linogravure & aquarelle

Dans quelques minutes, il serait enfin de retour dans son cher Concarneau. Si quelqu’un lui avait dit quelques années auparavant qu’il parlerait un jour de cette ville comme de la sienne, il aurait ri aux éclats. Mais les choses s’étaient développées ainsi, il aimait profondément cette petite ville. Il connaissait peu d’endroits où l’on puisse respirer aussi librement. Au risque de paraître grandiloquent, il aurait même été jusqu’à affirmer qu’il ne connaissait pas d’autre ville où l’on se sente aussi libre. Lors de journées comme celles-ci, l’horizon était infini, aussi illimité que le ciel, et tout autour de lui, revêtait une douce clarté. Quand, arrivant depuis les hauteurs, on descendait la longue avenue de la gare bordée de maisons de pêcheurs, pittoresques et coquettes, le regard se posait directement sur le port et ses grands espaces ouverts qui séparaient la mer des hommes. Concarneau était magnifique, mais son aspect le plus enchanteur était l’état d’esprit dans lequel elle vous transposait. Hors celui-ci venait de la mer elle-même. Un été à Pont Aven

78- Vague Hokusaï à Concarneau, linogravure & aquarelle 30 x 42 cm

926- La maison de bois

86- Douarnenistes

…Les femmes de Douarnenez ont la réputation d’être de fortes femmes qui savent s’imposer. C’est vrai de toutes les bretonnes, mais les douarnenistes le sont à un degré supérieur. Là, règne le matriarcat, énonça-t-elle comme un constat.  Cela remonte au XIXème siècle lorsque les femmes de pêcheurs travaillaient dans les conserveries. Les « filles de friture ». Leurs maris étaient en mer pendant des semaines ou des mois et, généralement, leurs salaires ne suffisaient pas à nourrir leurs familles. Les femmes gagnaient leur vie, effectuaient les tâches ménagères, élevaient les enfants, s’occupaient des affaires de la commune et de la paroisse. Tout, elles faisaient tout. Vous connaissez la fière devise des douarnenistes ? « Rien ne se fait sans elle, tout se fait par elle. » Une devise pour toutes les femmes en fait ! Péril en mer d’Iroise

88- Boite Chancerelle

…Dupin avait laissé sa voiture plus haut, non loin de la conserverie Chancerelle, qui commercialisait la fameuse marque Connétable, la plus ancienne conserverie au monde. Comme Le Ber aimait le rappeler, elle avait été créée en 1853. Napoléon en personne avait exhorté l’industrie française à développer une méthode de conservation des produits frais, dont il avait besoin pour ses campagnes militaires. C’est ainsi que les boites de conserve avaient été inventées, faisant la fortune de Douarnenez et d’autres régions bretonnes.  Plus précisément, la richesse avait été apportée par les sardines. Péril en mer d’Iroise

93- Boite de thon

Dupin avait laissé sa voiture plus haut, non loin de la conserverie Chancerelle, qui commercialisait la fameuse marque Connétable, la plus ancienne conserverie au monde. Comme Le Ber aimait le rappeler, elle avait été créée en 1853. Napoléon en personne avait exhorté l’industrie française à développer une méthode de conservation des produits frais, dont il avait besoin pour ses campagnes militaires. C’est ainsi que les boites de conserve avaient été inventées, faisant la fortune de Douarnenez et d’autres régions bretonnes.  Plus précisément, la richesse avait été apportée par les sardines. Péril en mer d’Iroise

99- Phare de Ploumanach

Toute la journée, une température autour de 30 degrés, un ciel d’un bleu magnifique. Pas trace de brume, pas un nuage. L’air était transparent grâce à la légère brise venant de l’Atlantique. Les couleurs prédominantes créaient une harmonie exquise : le bleu profond du ciel, le bleu turquoise de la mer, et le rose du sable et des rochers. (Bretonisches Leuchten)

265 L'Amiral

Concarneau, la somptueuse « ville bleue », ainsi nommée en raison des filets de pêche d’un bleu lumineux qui bordaient déjà les quais au siècle dernier, rayonnait. Le commissaire Georges Dupin était installé au fond du café l’Amiral, son journal déplié devant lui. Surplombant le toit du vieux marché couvert où l’on pouvait acheter les poissons fraîchement débarqués, l’horloge indiquait 7 heures 30. Le traditionnel café-restaurant, qui avait également fait office d’hôtel par le passé, se dressait en bonne place le long du quai, juste en face de la vieille ville. Un été à Pont-Aven 

101. Phare de Ploumanac’h

La côte de granit rose est le nom poétique donné ici à la côte déchirée du nord de la Bretagne. (…) Les roches aux formes bizarres donnent l’impression d’être littéralement tombées du ciel. Comme si une pluie incongrue de météorites les avait éparpillées. Grands blocs d’un rose merveilleux, signes ou témoins énigmatiques. Ils ont massifs, et en même temps presque aériens, en suspens, comme si le moindre coup de vent pouvait les emporter. (Bretonisches Leuchten)

115. Ormeau

 Les ormeaux étaient les fruits de mers préférés de Dupin : on poêlait la chair ferme et blanche comme une entrecôte, on y ajoutait du beurre salé, de la fleur de sel, du piment d’Espelette et du poivre. Un délice. Péril en mer d’Iroise

132- Douarnenez, Port de Rosmeur

Le vieux port, à droite, était lui aussi protégé par une longue digue. A gauche de la halle, deux à trois cents mètres plus loin, le quai tournait à angle droit et se dirigeait vers le môle situé en amont. De gros pneus de voiture servant de pare-battage aux bateaux pendaient à des cordages. Une poignée de pêcheurs à la ligne tentaient leur chance à cette heure matinale. Baptisées Vag-a-Lamm, A-Raok et Barr-Au, trois jolies barques de pêche étaient amarrées. Elles ressemblaient aux bateaux que Dupin voyait dans les films de son enfance, ou à ceux que les artistes de Pont-Aven représentaient. La coque de l’une était peinte de turquoise clair, de jaune vif et de rouge paprika ; la partie supérieure de la deuxième barque était d’un rouge cramoisi et la partie inférieure bleu atlantique, la troisième barque était dans différents tons de vert, du plus foncé au plus clair, avec une ligne de flottaison blanche. Les couleurs ne devaient rien au hasard. Chaque pêcheur, chaque patron de pêche choisissait personnellement les couleurs qu’il combinait à l’envi. Dupin avait appris que c’était là leur véritable signature. On pouvait ainsi les identifier de loin quand elles étaient en mer. » Péril en mer d’Iroise

140 – Narcisse 

À sa gauche s’étendait un des champs de narcisses qui faisaient la fierté de la région. Haut de vingt centimètres tout au plus, le narcisse des Glénan était de couleur jaune pâle ou crème – l’année précédente déjà, à Penfret, Dupin s’était dit qu’il n’avait rien d’exceptionnel. Recensé pour la première fois au début du XIXème siècle, cette variété de fleur avait été l’objet de nombreuses discussions enflammées mêlant botanique et généalogie, jusqu’à ce que l’heureux verdict tombe : elle était unique, bien sûr ! Elle n’existait nulle part ailleurs, c’était le narcisse des Glénan. Menacé de disparition, on avait fini par placer sous protection plusieurs prairies réparties sur les différentes îles de l’archipel, ou il fleurissait et prolifèrerait désormais en toute liberté. Etrange printemps aux Glénan 

141- Fort Cigogne

La forteresse, originellement ronde, était déjà visible à l’œil nu. La forme de l’île éponyme et légendaire comptait 7 encoignures (« Seiz kogn », disaient les bretons) et le fort était désormais occupé par l’école de voile. Autrefois, l’île était le point de départ des expéditions qui chassaient les corsaires trouvant refuge aux Glénan – les plus terribles d’entre eux venant de Guernesey, bien entendu ! Il était de notoriété publique que le fort cachait une multitude de pièces et de voûtes secrètes. Des couloirs se terminaient abruptement, on disait que des tunnels creusés sous le sol marin reliaient les îles entre elles. Il suffisait de jeter un coup d’œil à cette sombre bâtisse pour croire à toutes ces rumeurs. Etrange printemps aux Glénan 

147- Penfret

Le soleil avait presque rejoint la mer, le jeu quotidien des couleurs avait commencé depuis un moment. C’était un doux enchantement, sans effet outrancier. Le bleu limpide du ciel s’était doucement teinté d’un léger ton orangé, à peine rosi, et bientôt toute la moitié ouest du paysage ne fut plus qu’un vaste rougeoiement d’aquarelle. Etrange printemps aux Glénan 

171- Hippocampe

Pourtant la mer était omniprésente, source de toute vie. Il y régnait un climat particulier, que les bretons qualifiaient fièrement de « méditerranéen », voire de « subtropical ». Beaucoup de soleil, une faune et une flore foisonnantes, c’était une terre douce et fertile. A la grande joie de Dupin, d’innombrables hippocampes y avaient élu domicile. Il vouait à ces petites bêtes une adoration proche de celle qu’il réservait aux pingouins. L’hippocampe figurait d’ailleurs sur le blason du Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan pour l’appellation duquel le coin bénéficiait d’une protection particulière depuis des années.  Les marais sanglants de Guérande

173- Les toits de Pont Aven

Malgré sa petite taille, le bourg était divisé en deux quartiers distincts, celui du haut et celui du bas, près du port – ou, plus précisément, de la rivière et de la mer qui, malgré leur proximité immédiate, créaient des paysages, des impressions et des atmosphères très différentes. Ce phénomène avait inspiré un grand nombre d’artistes résidant ici. Un été à Pont-Aven

194- Port de Concarneau de nuit

En traversant le grand pont juché sur ce qui ressemblait à de hautes échasses plantées entre deux collines, loin au-dessus du Moros, Dupin ressentit une véritable joie à l’idée de retrouver Concarneau.  Un été à Pont-Aven

208- Arbres à Pont Ave

Concarneau sentait le sel, l’iode, les algues et les coquillages, l’immensité infinie de l’océan dont la clarté et la lumière étaient comme distillées dans l’atmosphère. Pont Aven en revanche sentait le fleuve, la terre lourde et humide, le foin, les arbres, les forêts, la vallée et les ombres, le brouillard mélancolique : la terre ferme. Pour reprendre les termes celtes d’origine, c’était l’Armor et l’Argoat : la Bretagne littorale et la Bretagne boisée. Un été à Pont-Aven

254- Pingouin

A l’extrémité de l’avancée rocheuse recouverte de neige blanche qui avait été aménagée dans le pavillon polaire, se tenaient trois spécimens de son espèce préférée : des manchots papous. A Océanopolis, à Brest, ils partageaient avec les gorfous sauteurs le privilège d’appartenir à la plus grande colonie de manchots en Europe. Grand amateur, Dupin ne manquait jamais d’y faire un crochet quand il se rendait à Brest. (…) Il s’agissait de spécimens français. Ils provenaient en effet des îles subantarctiques Crozet. Plus étonnant encore, ces îles étaient un archipel breton, découvert au XVIIIème siècle par l’officier de marine Julien-Marie Crozet ! Lequel, d’ailleurs, venait lui-même du Morbihan. Ces manchots étaient donc de vrais bretons. L’inconnu du port Belon

255- Pingouin

Il nourrissait depuis toujours une affection particulière pour ces animaux auxquels il s’identifiait un peu, sans doute à cause de sa corpulence. Les pingouins donnaient l’impression d’être gauches, empruntés, peu dynamiques. Quand ils étaient dans leur élément, cependant, ils devenaient incroyablement agiles, rapides et réactifs. Les marais sanglants de Guérande

259 - Guérande

Offrant un spectacle saisissant, l’étrange paysage alliait les quatre éléments fondateurs de l’alchimie du sel : la mer, le soleil, la terre, le vent (…) Le Pays Blanc était parfaitement plat, dépourvu du moindre relief. Depuis plus de douze siècles, il se divisait en d’innombrables bassins rectangulaires de grande, de moyenne et de petite taille, agencés avec une précision mathématique au sein d’un grand réseau de terrains aux formes plus arbitraires et essentiellement composés de terre et d’eau. Les marais sanglants de Guérande

260- Le Paon

262 Pont Aven

Ils parcoururent les ruelles d’un pas décidé et dépassèrent l’hôtel pour se rendre à l’ancien moulin de Rosmadec, un restaurant dont la réputation dépassait largement les frontières de Pont-Aven, Depuis déjà une vingtaine d’années. … Enfin, ils prirent place sous un tilleul magnifique, à proximité de la roue du moulin. En heurtant les pierres, l’eau produisait un clapotis charmant. Dupin ne connaissait pas l’histoire des nombreux moulins de Pont-Aven. C’étaient ceux-ci, en effet, bien avant la venue des artistes, qui avaient fait la célébrité du village. Un grand nombre de meuniers s’étaient installés là au tournant du siècle, et ils n’avaient pas tardé à fournir toute la région en farine. Celle-ci était exportée jusqu’à Nantes, voire Bordeaux, à l’époque où Pont-Aven possédait encore un vrai port maritime… Un été à Pont Aven

264 Men Brial

Le port, plusieurs jetées, tout au loin Men Brial, un petit phare noir et blanc comme dans un livre d’images, une église imposante et solennelle, un long quai incurvé avec en contrebas une plage de sable fin et, plus haut une rangée de maisons basses peintes en jaune, bleu ciel, rose clair, la plupart blanches ou en pierre, agrémentées de volets bleus comme l’atlantique. Tout était un peu passé, abîmé, marqué par le vent, l’écume, le sel, le soleil. La mer réfléchissait la lumière de tous côtés, la démultipliait. On aurait dit qu’elle plastronnait comme en état d’ivresse. Péril en mer d’Iroise

266 Pont Aven, le port

(…) Puis Dupin parcourut la ruelle jusqu’à ce qu’elle se divise en deux. Cette fois, il poursuivit droit vers le fleuve et traversa le pont de bois aux ornements tarabiscotés pour rejoindre le port sur l’autre rive. Il s’arrêta là. La mer était revenue. La marée quasiment à son point le plus haut, et les bateaux avaient fière allure avec leurs mâts qui dansaient au gré du vent dans un joyeux désordre. Les vaguelettes ne les atteignaient jamais au même moment ni de la même manière, si bien que chaque bateau tanguait à une cadence différente. Chacun dansait seul, mais au milieu des autres dans une sorte de chaos harmonieux. Dupin aimait le tintement des petites cloches fixées à leur faîte. Un été à Pont Aven

276- le Conquet

Cinq minutes plus tard, il se tenait devant le Relais du Port… On pouvait admirer le vieux port tout en mangeant. Que demander de plus ? A marée basse, comme à présent, les bateaux étaient couchés sur le côté, ce qui donnait à la plupart un air mélancolique même par cette belle soirée d’été. Le soleil illuminait de grandes surfaces recouvertes d’algues d’un vert cru. Au premier plan, un rafiot en bois bleu électrique, plus loin d’autres bateaux orange, turquoise, rouges, formant un puzzle éclatant de couleurs. Péril en mer d’Iroise